Infos textes
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Le travail de Luc Doerflinger se développe autour de la question de la peinture, et au-delà d’elle du rapport que nous entretenons avec les images. Les figures récurrentes présentent dans ses travaux (manchots, cervidés, robes, cygnes, formes oblongues...) incarnent chacune à leur manière le peintre, la peinture et l’espace virtuel qui sépare le peintre de la peinture.
A la croisée d’une certaine forme picturale «traditionnelle» et d’une vision contemporaine de l’art - mais il s’agit ici de convoquer le passé pour se situer dans le présent - son travail se construit autour de séries, d’ensembles ou de polyptyques traduisant l’attention particulière portée à la scénographie des images.
Le titre de l’exposition “Rêve n°13 du moine Radar” reflète le fonctionnement par association cher à l’artiste. Sorte de double du peintre, le moine Radar voit ses espoirs de concentration ruinés par ses pulsions. En cela il se rapproche du peintre pour qui, une fois de plus, “la peinture est un effondrement du désir dans le réel”.
Les robes, les cygnes et les autres motifs hybrides issus de ce désenchantement sont à envisager là comme des figures de transition en suspension dans l’espace virtuel qui sépare le peintre de la peinture. Elles matérialisent ce non-lieu, “à la couture de l’âme et du corps”, où s’abîme le regard (Michel Foucault, Les mots et les choses). A cet endroit se trouve la singularité de l’image peinte : cette surface trouble sur laquelle glissent des signes et des désirs
Oscar Merveille
Luc Doerflinger est peintre et Le vent des forêts fut pour lui l'occasion de se confronter plus avant à des enjeux qu'il aborde parfois dans son travail habituel (volume, installation, contexte de l'œuvre). Il qualifie volontiers la peinture comme "un effondrement du désir". Une pratique dont les matériaux et leurs processus pragmatiques de mise en œuvre constituent les pierres d'achoppement de l'idéal de l'artiste. Des formes oblongues, ses "figura translata", d'apparence organique mais abstraites, complètent, telles de possibles états d'accomplissement de sa pratique ainsi libérée du corset de la figuration, les représentations de cervidés et de cygnes, alibis récurrents de ses tableaux. Les neuf "formes transitionnelles", tant sur le court-circuit thématique que sur le circuit traditionnel, n'avaient pas de localisation prédéterminée. L'artiste a souhaité choisir leur implantation in situ, au gré de son ressenti subtil des lieux. En juin 2006, les "figura translata" issue du court-circuit thématique sont déplacées pour marquer de leur contraste chromatique et de leur étrangeté d'autres points du sentier traditionnel.
Alexandre Bohn, directeur du FRAC Poitou-Charente